Bombardement auditif : une stratégie simple pour améliorer la prononciation (partie 2 : comment faire concrètement)
Enfant regardant la bouche de son père pour mieux écouter les sons lors d’une activité de bombardement auditif.
Comment faire du bombardement auditif concrètement?
Le principe du bombardement auditif est simple :
1. choisir un son précis
2. rendre le son plus saillant
3. le faire entendre beaucoup plus souvent que dans le langage habituel.
Comment choisir le son?
Choisir le bon son est important. Tous les sons ne sont pas pertinents à travailler au même moment, et un bon choix peut rendre le bombardement auditif beaucoup plus efficace.
Voici quelques repères simples pour vous guider.
Choisir un son que l’enfant transforme souvent
Le bombardement auditif est particulièrement utile lorsqu’un enfant remplace régulièrement un son par un autre. Par exemple si l’enfant dit « sa » au lieu de « chat » Dans ce cas, on cible le son qui manque dans la parole de l’enfant, ici le /ch/.
Éviter de bombarder un son déjà trop présent
Si un enfant remplace un son par un autre, il entend déjà énormément le son qu’il utilise comme remplacement. Par exemple si l’enfant dit « sa » au lieu de « chat », il n’est pas utile de bombarder le /s/. Son cerveau l’entend déjà trop souvent. C’est plutôt le /ch/ qu’on veut rendre plus présent afin d’aider l’enfant à mieux le reconnaître et le différencier.
Choisir un son adapté à l’âge et au développement
Certains sons sont plus faciles que d’autres à produire. Les sons ne se développent pas tous ne même temps…et c’est normal! Il est important de choisir un son qui correspond au stade de développement de l’enfant.
Par exemple, on pourrait choisir :
· pour un enfant âgé entre 1 et 2 ans : les voyelles et les consonnes /p, b, m, t, d, n/.
· pour un enfant âgé entre 3 et 4 ans : /f, v, s, z, k, g/
· Pour un enfant âgé entre 4 et 5 ans : /r, l/
· pour un enfant de plus de 5 ans : /ch, j/.
Il s’agit ici d’exemples!!! Plusieurs raisons peuvent justifier le choix d’un son. Au besoin consulter une orthophoniste pour vous assurer que le choix du son est pertinent en fonction du profil de votre enfant.
Important : Il est inutile de chercher à prendre de l’avance sur le développement des sons, cela serait comme essayer de tirer sur une fleur pour qu’elle pousse plus vite...
Comment rendre le son plus saillant?
Pour rendre le son encore plus facile à percevoir, l’adulte peut le mettre légèrement en évidence :
· en le produisant plus fort
· en faisant une petite pause avant ou après
· en étirant légèrement le son si possible
· en modifiant l’intonation de notre voix pour prononcer le mot dans lequel il apparait
Pas besoin de parler comme un robot ou un personnage d’émission pour enfants: le but est simplement de rendre le son un peu plus visible pour les oreilles de l’enfant, sans le déformer.
Si l’enfant malgré l’emphase décrite ci-dessus, l’enfant semble toujours avoir de la difficulté à remarquer le son, on peut ajouter un soutien visuel :
· un geste associé au son
· une image ou un pictogramme
· l’attention portée à la bouche de l’adulte
Cela aide à renforcer le lien entre ce que l’enfant entend et ce qu’il voit.
Comment augmenter la fréquence?
Concrètement, il serait presque impossible d’augmenter constamment la fréquence d’un son dans toutes les conversations de la journée. Non seulement cela demanderait beaucoup d’efforts, mais les échanges risqueraient aussi de devenir moins naturels… et probablement un peu fatigants pour tout le monde!
Heureusement, il existe plusieurs façons simples et efficaces d’intégrer le bombardement auditif au quotidien, car il faut garder en tête que la fréquence est plus importante que la longueur de l’activité!
Utiliser un moment de la routine
Les routines sont idéales parce qu’elles reviennent… chaque jour! Cela permet donc de répéter facilement l’activité sans devoir tout réinventer.
Parent qui échange avec son enfant pendant une activité de coloriage afin d’intégrer le bombardement auditif dans une routine quotidienne.
Par exemple :
· le bain
· le repas
· l’habillage
· le trajet en voiture
L’idée est simplement de choisir quelques mots contenant le son ciblé et de les utiliser souvent pendant ce moment.
Exemple avec le son /ch/ pendant le bain :
· cheveux
· shampoing
· douchette
· chaud
On intègre ensuite ces mots dans des phrases naturelles en mettant légèrement le son en évidence :
Par exemple :
· « On va laver tes cheveux. »
· « Je mets du shampoing dans tes cheveux. »
· « Oh! Il y a de la mousse dans tes cheveux! »
· « On rince avec la douchette. »
· « Attention, l’eau est chaude! »
Exemple avec le son /ch/ au repas :
· fourchette
· chaud
· bouche
· mâcher
Cela pourrait donner :
· « Tu prends ta nourriture avec ta fourchette. »
· « Attention, c’est chaud! »
· « Tu mets la nourriture dans ta bouche. »
· « Il faut bien mâcher avant d’avaler. »
Le but est surtout que l’enfant entende fréquemment le son.
Utiliser des histoires et des livres
Les livres sont particulièrement efficaces parce qu’ils permettent :
· de maintenir l’attention
· de créer de l’anticipation
· de répéter naturellement les mêmes mots
· de conserver un contexte réaliste
Chaque fois que le son apparaît, on peut le mettre légèrement en évidence comme décrit ci-dessus. On peut aussi augmenter la fréquence du son en répétant certains mots importants au lieu d’utiliser des pronoms.
Par exemple, dans Le Petit Chaperon rouge, on pourrait répéter « Le Petit Chaperon rouge » ou « le méchant loup » au lieu de dire seulement « il » ou « elle ».
Avant de tourner la page, on peut aussi :
· pointer les éléments contenant le son
· nommer certains objets
· attirer l’attention de l’enfant sur les mots ciblés
Et on se rappelle : il n’est pas nécessaire que l’enfant répète.
Utiliser une activité que l’enfant aime déjà
Le bombardement auditif fonctionne très bien pendant le jeu, puisque l’enfant est déjà engagé dans l’activité.
Par exemple, si l’enfant joue à la poupée, on peut choisir quelques mots contenant le son /ch/ :
· couche
· coucher
· cacher
· chapeau
Puis, les intégrer naturellement dans les phrases :
· « Le bébé est couché. »
· « Il faut changer sa couche. »
· « Oh! Le chapeau est caché! »
Pour trouver des idées de mots, il suffit souvent de jouer quelques minutes avec l’enfant et de décrire ce qu’il fait à voix haute. Et si vous manquez d’inspiration, l’intelligence artificielle peut aussi être utile pour trouver rapidement des mots liés à un jeu ou à une activité. Très pratique lors des petites pannes d’inspiration parentales!
Existe-t-il des outils clés en main pour faire du bombardement auditif… sans se casser la tête?
Oui.
Même si le bombardement auditif peut se faire dans les routines et les jeux du quotidien, il existe aussi des outils spécialement conçus pour augmenter naturellement la fréquence d’un son sans devoir tout préparer soi-même.
Les outils clés en main permettent simplement :
d’entendre le son souvent
de garder l’enfant engagé
et de rendre l’activité plus naturelle et agréable.
Voici quelques exemples d’outils qui peuvent être utilisés selon l’âge et le niveau de langage de l’enfant.
Dès 6 mois : les livres à mécanismes
Livres à mécanismes ouverts conçus pour faire entendre fréquemment certains sons aux bébés et aux jeunes enfants.
Les livres à mécanismes sont particulièrement intéressants pour les tout-petits, puisqu’ils permettent :
d’attirer l’attention de l’enfant
de créer du plaisir autour des sons
et de répéter naturellement certains mots ciblés
Le mécanisme aide à maintenir l’intérêt et donne envie de répéter l’activité encore et encore (ce qui est parfait pour le bombardement auditif ).
Comme ces livres contiennent un imagier mettant le son de chaque mécanisme en vedette, ces livres permettent d’augmenter facilement la fréquence d’un son dans un contexte naturel et amusant.
Découvrir nos livres à mécanismes
À partir de 2 ans : les livres magnétiques Je prononce (ou les livres à rabats)
Livre à rabats ouvert permettant à l’enfant de découvrir, d’écouter et de manipuler des mots contenant un son ciblé.
Lorsque l’enfant commence à comprendre et produire de petites phrases, les livres magnétiques Je prononce deviennent très intéressants.
Ils permettent :
de répéter fréquemment les mots contenant le son ciblé
d’ajouter un soutien visuel
d’associer ce que l’enfant entend, voit et manipule
Le fait de déplacer les aimants ou d’ouvrir les rabats aide aussi à maintenir l’attention et l’engagement de l’enfant. En plus un cherche et trouve conçu autour des sons se trouve à la fin de chaque livre. C’est particulièrement utile pour les enfants qui ont besoin d’un peu plus de soutien pour remarquer les sons dans les mots.
Découvrir nos livres magnétiques
À partir de 3 ans : les histoires à trous
Histoire à trous ouverte favorisant la participation de l’enfant et la répétition naturelle des sons pendant la lecture.
Les histoires à trous sont idéales pour les enfants qui font déjà des phrases plus complètes.
Elles permettent :
d’augmenter naturellement la fréquence d’un son dans l’histoire
de créer beaucoup d’anticipation
de maintenir l’attention plus longtemps
et de rendre l’enfant actif pendant la lecture
Comme certains mots reviennent plusieurs fois et que l’enfant participe à compléter les phrases, le cerveau entend le son encore et encore… presque sans s’en rendre compte.
Bref, exactement ce qu’on recherche en bombardement auditif.
Découvrir nos histoires à trous
À retenir
Le bombardement auditif n’a pas besoin d’être compliqué pour être efficace.
L’important est surtout :
de choisir un son précis
de le rendre un peu plus visible pour les oreilles de l’enfant
et de le faire entendre souvent dans des moments agréables du quotidien.
Quelques phrases répétées pendant le bain, une histoire avant le dodo ou un jeu apprécié peuvent déjà faire une grande différence.
Et surtout, on se rappelle qu’avant de bien produire un son, un enfant doit d’abord apprendre à bien le reconnaître. Le cerveau apprend tranquillement, une répétition à la fois… un peu comme une chanson qu’on finit par connaître par cœur sans avoir essayé. Et si vous avez besoin d’aide pour y arriver, il y a Symbolicone.