Bombardement auditif : une stratégie simple pour améliorer la prononciation (partie 1 : c’est quoi, pourquoi, quand et combien de temps)
C’est quoi, le bombardement auditif?
Le bombardement auditif consiste à faire entendre un son précis très souvent à un enfant afin de l’aider à mieux le remarquer, le reconnaître… et éventuellement mieux le prononcer.
L’objectif n’est pas de faire répéter l’enfant immédiatement. On cherche plutôt à aider son cerveau à mieux entendre et reconnaître le son avant de travailler la prononciation. En quelque sorte, on prépare tranquillement le terrain avant les « vrais exercices ».
Pourquoi fait-on du bombardement auditif?
Avant de bien produire un son, un enfant doit d’abord être capable de bien l’entendre et de le différencier des autres sons qui lui ressemblent.
Par exemple, certains enfants remplacent le son /ch/ par le son /s/. Ils disent « sa » au lieu de « chat ». Pourtant, pour un adulte, ces deux sons semblent très différents. Alors pourquoi cette confusion? Parce que, du point de vue de l’enfant, les sons /ch/ et /s/ se ressemblent beaucoup :
· ce sont deux sons qu’on peut étirer longtemps
· ils se produisent sans vibration des cordes vocales
· la bouche et la langue prennent une position relativement similaire
Bref, pour les oreilles d’un jeune enfant, c’est un peu comme deux frères qui se ressemblent et qui portent presque le même manteau.
Lorsque la représentation mentale d’un son est encore imprécise, l’enfant peut donc mélanger deux sons et choisir celui qui est le plus facile à produire pour remplacer l’autre.
Si on veut aider un enfant à arrêter de remplacer les /ch/ par des /s/, il faut donc d’abord s’assurer qu’il comprend qu’il s’agit de deux sons différents. On ne peut pas demander à un enfant de corriger une erreur qu’il n’entend pas. Ce serait un peu comme demander à une personne daltonienne de trier des objets en fonction des couleurs…
C’est justement là que le bombardement auditif devient utile. Avant même de travailler la prononciation, on aide l’enfant à construire un modèle plus claire du son.
Un point important :
Comme un son varie légèrement selon les mots, l’entendre dans différents contextes aide l’enfant à mieux le reconnaître et à le produire plus facilement.
À retenir : avant de bien dire un son, un enfant doit d’abord apprendre à bien l’entendre.
Quand utiliser le bombardement auditif?
Le bombardement auditif peut être utile à différents moments :
· avant de travailler la production du son
· pendant les apprentissages
· lorsque le son est presque acquis, pour consolider les progrès
Avant la production, il sert surtout de préparation.
Par exemple, si un enfant transforme les /ch/ en /s/, il peut être intéressant de commencer par une période de bombardement auditif avant de faire des exercices de prononciation. À cette étape, le bombardement auditif agit un peu comme un échauffement pour le cerveau.
Pendant les apprentissages, il agit davantage comme un aide-mémoire.
Si votre enfant travaille un son en orthophonie, augmenter la fréquence de ce son dans son quotidien lui permet :
· d’entendre plus souvent de bons modèles
· de garder l’objectif actif dans sa tête
· de remarquer plus facilement le son dans les mots
En gros, le cerveau se dit tranquillement :
« Ah oui! C’est CE son-là qu’on travaille! »
Lorsque le son est presque acquis, le bombardement auditif peut aussi servir de guide.
Par exemple, si l’enfant fait de moins en moins l’erreur de remplacer les « ch » par des « s », mais qu’elle revient encore de temps en temps, continuer à augmenter la fréquence du son peut l’aider à mieux anticiper sa présence dans les mots et à maintenir ses bonnes productions.
Combien de temps faire du bombardement auditif?
Bonne nouvelle : le bombardement auditif n’a pas besoin d’être très long pour être efficace
Ce qui compte le plus, ce n’est pas la durée totale de l’activité, mais plutôt :
la fréquence à laquelle le son est entendu
le nombre d’occurrences du son dans une courte période de temps
et la régularité dans le quotidien
Autrement dit, quelques minutes bien ciblées sont souvent plus utiles qu’une longue activité où le son apparaît peu.
Dans plusieurs approches phonologiques utilisées en orthophonie, comme l’approche par cycles de Hodson et Paden, le bombardement auditif dure souvent environ 1 à 2 minutes à la fois, avec une liste d’environ 10 à 15 mots contenant le son ciblé.
L’objectif est surtout de faire entendre le son souvent et régulièrement dans différents mots.
Par exemple :
quelques minutes pendant le bain
une courte lecture avant le dodo
quelques phrases répétées pendant le jeu
… peuvent déjà offrir beaucoup d’exposition au son.
À retenir : Mieux vaut 2 minutes de bombardement auditif faites souvent qu’une longue séance faite une fois de temps en temps.
Dans la partie deux de cet article à paraitre le mois prochain, on vous explique concrètement comment appliquer cette stratégie dans le quotidien et on vous suggère des outils pour y arriver. Restez à l’affût!